Les métiers deviennent invisibles.

Beaucoup de métiers peinent à recruter non par manque d'attractivité, mais par manque de visibilité : les publics n'imaginent pas ce qu'ils recouvrent réellement. Avant d'être choisi, un métier doit d'abord pouvoir être imaginé.

On parle beaucoup de recrutement, de pénuries de compétences, d'attractivité, de marque employeur ou encore de tensions sur certains métiers.

Pourtant, nous parlons finalement assez peu du travail lui-même. Ce ne sont pas seulement les entreprises que les individus choisissent, mais aussi les métiers.

Lorsqu'une personne raconte son parcours professionnel, elle parle rarement d'une raison sociale, d'un logo ou d’un site internet. Elle parle de son expertise, de ses missions, de son environnement de travail, d'une responsabilité particulière au sein de son collectif. Elle parle de ce qu'elle fait, en somme.

À mesure que les organisations gagnent en visibilité, les métiers qui les composent semblent parfois disparaître du champ de vision collectif. Est-ce un problème d'image ou une crise de représentation ?

Lorsqu'un métier peine à recruter, le réflexe consiste souvent à parler de son image, de celle du secteur ou de sa réputation. Beaucoup de métiers ne souffrent pas nécessairement d'une mauvaise image. Ils souffrent surtout d'un déficit de représentation.

On peut avoir une image positive d'un métier sans être capable d'expliquer concrètement en quoi il consiste. On peut le considérer comme utile, stratégique ou valorisant sans parvenir à imaginer une journée de travail, un environnement professionnel ou les responsabilités qu'il implique. C'est cette capacité de représentation qui permet la projection.

Pendant longtemps, de nombreux métiers étaient visibles presque naturellement. On croisait des artisans dans leur atelier, des marins dans les ports, des mécaniciens dans les garages ou des ouvriers à la sortie des usines. Même sans les comprendre parfaitement, on savait qu'ils existaient.

Aujourd'hui, une part croissante des métiers est devenue technique, spécialisée et souvent éloignée du regard du grand public. Nous utilisons quotidiennement les produits, les infrastructures ou les services qu'ils rendent possibles, sans jamais voir celles et ceux qui les conçoivent, les exploitent où les maintiennent.

Nous voyons les résultats, moins les mécanismes

Nous voyons les centrales, pas ceux qui les conçoivent, les construisent ou les exploitent au quotidien. À force de communiquer sur les accomplissements, les innovations ou les performances, nous avons parfois rendu invisibles les mécanismes humains qui les rendent possibles.

Comme si les métiers avaient progressivement disparu derrière les marque, les savoir-faire s'effaçaient derrière les technologies. Le travail réel est devenu presque secondaire dans les récits que nous produisons.

Le véritable enjeu n’est plus de valoriser

Nous avons retrouvé ce phénomène à plusieurs reprises dans des projets de valorisation de métiers techniques ou peu connus du grand public.

Le réflexe initial consistait souvent à vouloir les rendre plus attractifs alors que le problème n'était pas qu'ils étaient mal perçus. Ils étaient peu représentés. Les publics n'avaient souvent aucune idée de ce qu'ils recouvraient réellement : les lieux, les gestes, les outils, les responsabilités, les parcours, etc. Dès lors que ces éléments deviennent visibles, le métier cesse d'être abstrait. Il devient visible, compréhensible, donc potentiellement désirable.

On ne choisit pas un métier que l'on ne comprend pas, et l'on comprend difficilement un métier que l'on ne voit jamais. Peut-être que le défi de nombreuses organisations aujourd'hui n'est pas seulement de rendre leurs métiers attractifs, mais de les rendre visibles à nouveau.

Car avant d'être choisi, un métier doit pouvoir être imaginé. On ne peut pas rêver de quelque chose que l’on n'image pas.

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